EPISODE 1 - “Un making quoi ?”

Un making-ofeur :)

Montmartre, octobre 2003. Quelques figurants présents sur le plateau de Un long dimanche de fiançailles m’aperçoivent, un caméscope en main, collant au train de François l’accessoiriste, chargé de balayer méthodiquement tout Paris au peigne fin (oui, c’est Jean-Pierre Jeunet qui réalise). L’un d’eux m’interpelle : «Tu fais quoi toi ?» - «Je réalise le making-of.» - «Le quoi ?» - «Bah le “making-of“ du film quoi, je filme les coulisses du film.». Après cinq secondes de réflexion on me répond : «Aaaaah ! c’est toi qui fais le bêtisier ?»… Grrr.

Pas facile, la réalisation de making-of.

Au départ réservés aux films-événements (Apocalypse Now ou Shining) et côté fabrication à l’épouse ou à la fille de leur réalisateur respectif (Eleanor Coppola ou Viviane Kubrick), le making-of (appellation universelle) ou le “behind-the-scenes documentary“ (version hollywoodienne), le “komenkonnafé“ (titre alainchabatien), la “featurette“ ou le “bonus“ (approche low-cost), la “revue de tournage“ (intsitsulé québécois), ou encore “le bêtisier“ (appréciation dégradante, donc) sont devenus des éléments incontournables dans la fabrication d’un film. Quatorze ans après l’apparition du DVD, il ne se tourne plus un seul long ou court métrage sans making-of, et il subsiste même, en France (et ce malgré son triste manque de subventions !), un Festival International du Making-Of qui en est déjà à sa 6ème édition (si si, la preuve : festivaldumakingof.com). A un mois d’un événement dans la galaxie du bonus (la sortie en mai du Bluray d’Apocalypse Now et de son légendaire making-of : Heart of Darkness - a Filmmaker Apocalypse), il n’est plus possible d’ignorer la portée de cet outil audiovisuel qui permet, quand il est bien produit, d’apporter une valeur ajoutée considérable à un coffret DVD, d’offrir aux apprentis cinéastes une source pédagogique phénoménale et de constituer une banque historique d’images mémorables et d’anecdotes incroyables pour le compte du 7ème Art (oui oui, tout simplement).

Dans la masse, il existe évidemment toutes sortes de making-ofs. Le plus pratiqué (notamment par les Américains, hélas) est, sans doute, le making-of “26min promotionnel“ (parodié avec joie par ses propres protagonistes dans le making-of de 99 Francs) : souvent axé sur deux ou trois comédiens qui ont «adoré travailler ensemble» et sur un «réalisateur qui sait ce qu’il veut mais qui nous laisse une grande liberté», blindé d’extraits du film qu’on vient à peine de regarder, ce format a probablement détourné de nombreux cinéphiles des bonus DVD… certes, sans doute moins que d’autres bonus désespérément inutiles comme la «bande-annonce du film» (au cas où vous n’avez pas le temps de voir le film en entier) ou la «filmographie du réalisateur» (déjà vu pour un premier long métrage !).

A l’opposé, il y a le making-of documentaire, format le plus nourrissant pour le cinéphile. C’est plutôt un unitaire donc (non saucissonné en 32 modules séparés), d’une durée convenable (de 20 minutes minimum, jusqu’aux audacieuses 120 minutes du making-of de Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre), et cherchant, comme tout film qui se respecte, à raconter une véritable histoire : celle d’un processus de création complet (celui de Signes supervisé par Shyamalan) avec des génies du trucage (voir celui de Abyss) ; parfois la passion, simple et touchante, d’un vrai amour du cinéma (That Moment, making-of de Magnolia) ou d’une vraie rage de réaliser (Qui veut la peau d’Olivier Marchal ?, le making-of de 36 Quai des Orfèvres) ; parfois l’aventure d’un douloureux naufrage (le fameux Lost in la Mancha dans les coulisses du Don Quichotte de Sir “God“ Gilliam) voire d’un véritable choc entre deux civilisations (Fucking Kassovitz, le making-of interdit mais pourtant indispensable de Babylon A.D.).

Depuis sa démocratisation, le making-of est soumis aux lois du marché DVD : en explosion il y a dix ans et en baisse depuis deux ou trois ans. Mais il devrait (on l’espère) trouver un relais favorable avec l’essor grandissant du Bluray et de la VOD (sur la Freebox, la PS3 ou iTunes ?).

J’espère donc, à l’avenir, pouvoir évoquer ici [ dans la section ZOOM ] les plus emblématiques making-ofs, anciennement ou nouvellement édités - parfois pourquoi pas avec leurs propres auteurs, et de temps à autre, qui sait, avec quelques réalisateurs de longs métrages makingophiles.

A suivre…

[ Article publié dans BRAZIL2 n°40 ]

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